On l'aperçoit de loin avant même d'arriver à son stand. Yvan Royer est cet homme grand, en chemise lin claire, qui passe la paume sur un bronze comme on caresse l'épaule d'un vieil ami. À l'allée 6 du marché Paul Bert Serpette, son emplacement n'a rien d'ostentatoire — un mur de pierre, deux étagères de chêne, et des objets qui parlent d'eux-mêmes.
Il est arrivé aux Puces en 2003, après quinze années passées chez un commissaire-priseur de Drouot. « Je voulais voir les objets vivre, dit-il, pas seulement les voir partir. » Sa spécialité s'est dessinée doucement : bronzes XIXᵉ, animaliers d'Antoine-Louis Barye, quelques pièces orientalistes glanées dans des successions de la rive droite. Rien n'est aligné par école ou par siècle. Tout est rangé par affinité — une affinité que lui seul perçoit.
À qui veut bien l'écouter, il raconte la première vente de sa carrière : un cervidé en patine brune, acheté trois cents francs à un héritier pressé, revendu six mois plus tard à un collectionneur belge pour dix fois ce prix. « Ce n'était pas la marge qui m'a frappé. C'était l'idée que la pièce avait trouvé sa maison. »
De ses préférées, il garde trois objets en réserve, qu'il ne sortira jamais. Un encrier néoclassique, une paire de chenets gothiques, et un petit Christ en croix XVIIᵉ qu'il avait promis à sa mère. Le reste, lui, attend simplement le prochain regard.
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