Cinq heures cinquante. Rue Jules-Vallès, la lumière est encore bleue. Une camionnette grise s'avance, lentement, suivie d'une autre. Au volant, un marchand qu'on aperçoit chaque samedi à la même heure, depuis dix-sept ans. Il salue d'un geste celui qui ouvre la grille. Personne ne parle. À cette heure, les Puces sont une cathédrale.
À l'intérieur, les stands se réveillent un à un. Une lampe d'atelier qu'on allume. Une caisse qu'on déplace. Un buffet Régence qu'on essuie au chiffon humide. Les paroles, quand elles arrivent, sont brèves. Un marchand demande à son voisin s'il a vu passer un tabouret de piano. Un autre montre une petite paire de chandeliers — Argenterie ? Bronze argenté ? La réponse vient sans hésitation : argenterie, poinçon Minerve, 1894.
À six heures dix, les premiers acheteurs arrivent. Ce ne sont pas encore les flâneurs du week-end, mais les confrères, les antiquaires de province, quelques décorateurs venus de Bruxelles ou de Milan. Ils marchent vite, regardent peu, mais voient tout. Une transaction se conclut en moins de deux minutes sur une commode Louis XV — onze mille euros, en espèces, dans une enveloppe brune.
À sept heures, le marché est éveillé. Les volets s'ouvrent, les ampoules halogènes s'allument, et l'odeur du café s'élève des rotondes. C'est l'heure où, pour les marchands, la journée a déjà commencé depuis longtemps.
✕